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- 4.5 - La remontée sur l'origine des causes au cours de l'Évolution.

par Denys LÉPINARD

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J'ai présenté deux modèles d'ontostats, et montré que la création d'un nouvel ontostat se traduisait par ce phénomène que j'ai appelé taxiergie (remontée sur l’origine des causes) ; nous allons voir maintenant que cette taxiergie accompagnée d'eutéléonomie (affinement de la finalité) peut être mise en évidence tout au long de l'évolution que nous pouvons alors comprendre alors comme la formation d'un super-ontostat.

1. Les êtres pluricellulaires :

Dans ce but, nous allons essayer de schématiser les compor­tements alimentaires des êtres vivants (animaux et hommes) depuis l'apparition des premières espèces ; je les ai classés en 5 types principaux de complexité, qui correspondent à l'ordre d'arrivée au cours de l'évolution :

1 - Les êtres fixes qui se nourrissent de ce qui passe à leur proximité, par exemple des éponges.
2 - Ceux qui se déplacent et broutent ce qu'ils rencontrent, comme les herbivores.
3 - Les prédateurs qui poursuivent et attrapent leurs proies.
4 - Les carnivores évolués qui adoptent une stratégie de chasse.
5 - Et enfin, les hommes qui élèvent des animaux, cultivent la terre et engrangent le produit de leurs récoltes pour les périodes où ils en auront besoin.

Pour la première catégorie, les animaux qui se nourrissent de ce qui passe à leur proximité, on peut schématiser sur la flèche 1 de la figure 1 leur comportement alimentaire en deux points : la prise de nourriture, PN, pour le premier et l'état dénutri, ED, ou de Besoin Alimentaire Satisfait BAS pour le second. S'ils se trouvent dans un milieu riche, ils s'alimentent (état BAS), sinon ils dépérissent (ED). Et leur état propre, BAS ou ED, n'agit pas en retour sur les ressources alimentaires du milieu.

Au niveau suivant, il s'agit d'animaux qui se déplacent, broutent lorsqu'ils ont faim et arrêtent de s'alimenter lorsqu'ils sont rassasiés. Je place donc sur la flèche 2, F pour faim à droite de PN, et une flèche en retour de F vers PN pour bien montrer que c'est la sensation de faim qui déclenche la prise de nourriture. Et cette sensation de faim est déterminée par la baisse de la glycémie, le taux de sucre dans le sang, qui est un phénomène statistique ; nous voyons bien là que les conditions nécessaires pour un ontostat se mettent en place.

Schéma 1
Remontée progressive de l'action vers l'origine des chaînes causales chez les êtres vivants.

Ensuite, nous arrivons au niveau des animaux qui poursuivent et attrapent leurs proies ; chez eux la faim va provoquer l'acte de chasse : je place un C, pour chasse, sur la flèche 3 à gauche de PN, car il faut bien avoir attrapé la proie pour la manger, et je prolonge la flèche en retour de F vers C. C’est une remontée en amont de la causalité, que j’ai appelée taxiergie, suivie d’une eutéléonomie, car nous sommes en droit de penser que la chasse procurera à ces animaux une nourriture plus riche.

L'étape suivante est celle des animaux qui adoptent une stratégie de chasse, souvent en groupe, je pense à des mammifères carnivores déjà évolués. Ils peuvent commencer leur activité sans attendre d'avoir faim, sous l'effet d'une prise de conscience de la nécessité de se nourrir ou d'un comportement social. Pour eux, il faut placer sur l'axe 4, avant F, une marque supplémentaire, PC pour prise de conscience, qui sera le début de la flèche en retour vers l'activité de chasse.

Enfin, nous arrivons aux hommes et à leur comportement beaucoup plus prévoyant; chez eux, la prise de conscience ou le comportement social les fait commencer par labourer leurs champs ou élever des animaux bien avant d'en manger les produits. Il faut donc reculer encore sur cet axe (5) et placer un autre point en arrière, CE pour culture et élevage, et prolonger la flèche en retour jusque là.

L'acte de prise de nourriture est tellement intégré dans notre compor­tement social, du moins pour notre civilisation occidentale, que bien souvent la difficulté n'est plus de se nourrir mais plutôt d'échapper à un repas, si des raisons de santé ou de poids nous l'imposent ; nous pouvons donc déplacer le point de départ de la flèche en retour vers la gauche, en arrière de PN (6) : l'acte de prise de nourriture devient la conséquence naturelle de tout un comportement social. En même temps nous profitons d'une alimentation plus régulière, plus riche et plus équilibrée. La taxiergie (remontée sur l’origine des causes) provoque toujours l'eutéléonomie (affinement de la causalité).

2 - Les cellules

Ce processus de remontée sur les causes n'est pas réservé à la seule évolution animale, on peut aussi l'observer au cours du développement phylo­génétique des cellules avant qu'elles s'associent en métazoaires, sur une période beaucoup plus longue, puisqu'elle s'étend pendant tout le Précambrien, sur plus de 3 milliards d'an­nées :

A la recherche d'une source d'énergie, les premières cellules ont consommé ce qu'elles trouvaient de plus facilement exploitable dans la soupe chaude primitive : de l'ATP (Adénosine TriPhosphate) qui s'y était formé spontanément. La transformation de l'ATP en ADP fournissait, et fournit toujours chez tous les êtres vivants, l'énergie nécessaire au fonctionnement de la cellule.
La consommation augmentant du fait de la multiplication des cellules, la production naturelle restant basse et les autres sources d'énergie rares, les cellules ont dû inventer une technique de production de l'ATP. Elles ont appris à le fabriquer, d'abord par voie anaérobie, à partir du glucose qui se trouvait dans cette soupe de Haldane, chaude mais aussi sucrée pour le grand bonheur des bactéries. C'est une taxiergie analogue à celles que nous venons de voir ; et aussi une eutéléonomie, puisque la fabrication de l'ATP à partir du glucose donne aux cellules qui disposent de cette possibilité beaucoup plus d'autonomie. Mais les bonnes choses ayant une fin, le sucre s'épuisa progres­sivement, la production naturelle restant bien en dessous des besoins ; alors quelques cellules astucieuses imaginèrent de fabriquer directement le sucre à partir de la lumière solaire, elles inventèrent la photosynthèse.

Puis les cellules, en se regroupant en organismes, ont constitué un milieu intérieur, le sang, où elles ont veillé à maintenir des taux constants, en particulier celui du sucre. Elles ont d’abord utilisé des ontostats biochimiques. Puis des ontostats liés au comportement, le déplacement, la chasse - comme nous venons de le voir - ; des ontostats de plus en plus importants englobant et régulant le tout, jusqu'aux sociétés humaines dont la préoccupation majeure est d'assurer à chacun un approvisionnement régulier en nourriture. Horovitz a exprimé cette loi de la remontée sur l'origine des causes pour les voies métaboliques, je l'étends ici aux comportements des animaux, homo economicus compris, en la généralisant et la renforçant puisque je montre qu'elle est le résultat de la superposition des ontostats.

Les pages suivantes nous montrent comment ce principe peut nous éclairer sur les mécanismes de l'Evolution.

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décembre 2005