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- 2.2 - Les Ondes d'activité.

par Denys LÉPINARD

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À la fin de la page précédente, nous avons défini les milieux contractés et dilatés; nous allons montrer qu'ils sont produits part ce que j'appelle des ondes d’activité et qui se révéleront être des ondes de compression / dilatation.

1- Le milieu.

Notons le contraste saisissant entre :
L’organisation, le haut degré de protection d’ateliers de fabrication, surtout ceux de haute technologie, -protections contre les perturbations extérieures, les poussières, les influences électrostatiques, les variations de température, le piratage des techniques, les intrusions de toutes sortes qui pourraient troubler le bon déroulement des séquences de fabrication, etc. 
Et l’agitation, le brouhaha, le désordre plus ou moins organisé de certains lieux de vente comme les salons professionnels, connus des comme lieux privilégiés pour remplir les carnets de commandes. Le désordre est utile en phase commerciale pour favoriser des rencontres, fortuites ou non, entre l’acheteur et le vendeur, entre le besoin et le produit. Dans de tels milieux désordonnés, les fabrications ne seraient plus possibles.
De même, on peut relever ce contraste entre :
L’activité de la cuisinière qui prépare un gâteau pour un repas de famille. Avant de commencer, elle met de l’ordre dans la cuisine, exclut tout gêneur ou décrété tel. Ensuite elle agit selon l’ordre précis de la recette. Elle règle scrupuleusement son activité sur des données numériques : pesées précises des ingrédients, farine, beurre…, température du four, temps de cuisson.
Et l’instant de détente lorsque le gâteau arrive sur la table de famille chaque convive appréciant le bon gâteau, félicitant la cuisinière de façon plaisante et désordonnée. Il n’est plus question de quantité, mais de qualités, d’appréciation, de saveur, de parfums.

Ces exemples nous montrent les deux types d’environnement nécessaires à l’activité humaine :
Un environnement contracté.
Le premier, un milieu ordonné, condensé, numérique, quantitatif ; un environnement que je qualifie de contracté, confiné avec beaucoup de restrictions. L’espace est divisé et orienté, les déplacements sont restreints dans certaines directions et orientés vers d’autres que ce soit pour les personnes, ou pour les produits. Le temps est hiérarchisé en séquences ordonnées et contrôlées. Les opérations de fabrication sont rigoureuses, précises. Il suffit de visiter une usine de haute technologie pour constater l’étendue et la rigueur des mesures prises pour protéger la fabrication.
Un environnement dilaté
À côté de cela, certaines activités ont besoin d’un milieu désordonné, qualitatif, expansé d'un environnement dilaté. Les mouvements des individus doivent se faire librement sans restriction de direction, les rencontres se font fortuitement. Les hiérarchies s’effacent. Exemples : les salons commerciaux, les foires et fêtes.

Pour ne pas multiplier les qualificatifs dans la description, j’ai fait ce tableau où je mets en opposition les caractéristiques de chaque milieu :

Milieux comprimés

Milieux dilatés

Ordre

Désordre

Structuré

Destructuré

Contrainte

Liberté

Néguentropie

Entropie

Confinement

Ouverture

Logique rigoureuse

Imagination libre

Rejet de l’inutile

Appel à la fantaisie

Précision

Approximation

1D

3D

Quantitatif

Qualitatif

Fermé

Ouvert

Les états dilatés et contractés et le temps.
Il utile de noter la sensibilité différente au temps de ces deux états extrêmes, état dilaté et état contracté.
Dans un état contracté le temps est ordonné et l’on peut prévoir un ou des événements précisément mais à court terme. Lorsque l’on fait une fabrication on sait parfaitement ce que l’on va obtenir, mais il faut se protéger de toute perturbations. C’est un état peu stable.
Un état dilaté est caractérisé par le désordre et l’homogénéisation. C'est un état stable qui ne varie que lentement, il résiste aux perturbations. Il semble hors du temps.

Nous verrons comment, avec l’ontostat, la nature sait tirer parti de cette différence d’horizon temporel. Dans l’ontostat économique, l’homme profite de la relative stabilité des marchés ou des retours de tendance prévisibles, comme les saisons, pour organiser ses fabrications et préparer les ventes.

Les opérations ordonnantes.
Les phénomènes de dilatation et de compression mettent en jeu des opérations ordonnantes. Il y a quatre opérations ordonnantes qui sont des opérations de rapprochement ou d’écartement :
- Rapprochement ou séparation de semblables,
- Rapprochement ou séparation de différents.
Nous comprenons bien que les phases de compression favorisent les rapprochements et les phases de dilatation les séparations.

Allant plus loin, on peut analyser ces phénomènes comme des compressions ou des dilatations dans deux dimensions sur trois, laissant une dimension ordonnée et déterministe : un espace tridimensionnel, contracté dans deux dimensions, devient unidimensionnel. Les événements dispersés, indépendants les uns des autres dans un milieu tridimensionnel sont obligés de se ranger dans une seule direction, de se succéder dans un ordre causal. Au désordre succède un certain ordre.

2- Les Ondes.

Ces états nous apparaissent des phénomènes de compression / dilatation alternatifs et complémentaires dans l’activité économique. La phase de contraction (fabrication) est suivie d’une phase de dilatation (vente), et le phénomène se répète tout comme il s’agissait d’une onde. Voici quelques raisons qui tendent à prouver qu’il s’agit véritablement d’ondes oscillant entre contrainte et liberté, quantitatif et qualitatif, entropie et néguentropie :
Ces ondes s’étendent latéralement : l’activité de l’entreprise génère autour d’elles d’autres activités,
et longitudinalement, les produits fabriqués sont utilisés dans d’autres entreprises pour de nouvelles activités : un produit est fabriqué en phase de contraction, il est vendu en phase de dilatation, puis il est réutilisé dans une autre activité en phase de contraction, pour faire un autre produit qui sera vendu en phase de dilatation. Ce schéma général, bien sûr, doit être adapté à chaque cas.
Ces ondes s’entraînent et se synchronisent, en partie d’elles mêmes –une production en entraîne d’autres, et aussi par leur environnement : -alternance des jours et nuits, activités saisonnières, périodicité annuelle des congés, conjoncture économique, contraintes fiscales, etc. Elles se synchronisent à la faveur des rythmes que nous avons présentés à la page précédente.

Le frémissement de ces ondes.
A titre d’exemple, on peut tenter de montrer comment un tel ensemble ondulatoire a pu se se constituer dans la France médiévale, essentiellement rurale.
Le développement agricole et la vitesse lente de déplacement des marchandises font apparaître sur le territoire un maillage de bourgs, sièges de marchés où se rendent les paysans pour vendre leur production et acheter des objets de première nécessité. Ces zones d’activités en développement attirent des artisans. En ces lieux se superposent et alternent des zones condensées de fabrication et des zones dilatées de ventes que sont les marchés. On peut analyser cela comme la création d’ondes d’activité sur le territoire dont l’amplitude correspond à l’activité générée et la longueur d’onde à la distance entre ces centres. Celle-ci dépend donc de la vitesse des communications.
Certains de ces bourgs, mieux placés, entourés d’une campagne plus riche, sur des voies de communications plus faciles ou occupant une position stratégique, se développent plus activement et prennent de l’ascendant sur leurs voisins. Ils sont plus attractifs, on y trouve des produits plus raffinés, plus rares, il y règne une activité plus importante. Se fortifiant et se développant ils deviennent capitales de petites unités géographiques. Revenant à notre analyse, une onde de plus grande longueur et de plus grande amplitude se surajoute à la première. Selon la distance et les facilités de communication, certains petits bourgs en souffrent et d’autres en profitent. Il en résulte un remaniement du réseau primaire que l’on peut analyser comme un effort (de nature économique) pour synchroniser toutes ces activités. Les ondes en phase s’entraînent, c'est-à-dire que les activités se soutiennent et se renforcent mutuellement.
Puis d’autres ondes de plus grandes longueurs et amplitudes apparaissent et s’ajoutent, qui correspondent au développement de villes plus importantes et plus lointaines. Ce réseau évolue avec le renforcement de l’activité et le développement des communications. Il est toujours mouvant. Il s’identifie maintenant à l’aménagement du territoire qui peut se comprendre comme l’instrument de synchronisation de ces ensembles d’ondes. Je présenterai prochainement une étude approfondie sur ces points.
Ces ondes d’activités s’organisent et s’étendent toujours. Elles s’organisent maintenant en une véritable onde de phase qui enserre toute la planète et que l’on reconnaît actuellement sous le nom de globalisation.

À la page suivante, nous allons montrer que de telles ondes, reconnaissables par les rythmes qu'elles engendrent, se retrouvent à tous les niveaux du vivant et que leurs origines se situent dans l'infiniment petit aussi bien que dans l'infiniment grand.

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novembre 2005