L'article
traitant de la classification universelle ayant établi six niveaux de complexité
dans l'organisation de la matière et du vivant, il semble intéressant
de se poser maintenant ces questions :
- Peut-on mettre en évidence certaines
régularités à travers ces niveaux ?
- La matière et le vivant progressent-ils en
passant d'un niveau à un autre, et cette progression est-elle mesurable
?
La classification est fondée
sur les quantités, sur le nombre, grand ou petit, de constituants
rassemblés dans un individu
ou une assemblée.
Conservant ce point de vue par cohérence je chercherai d'abord à savoir
de combien de constituants la nature progresse à chaque niveau. C'est
une question très légitime, en premier pour apprécier les dimensions de
notre classification. Mais elle l'est encore plus si on pense que le
dénombrement de ses constituants mesure la capacité d'un être à les
rassembler et à les faire fonctionner ensemble ; c'est d'une certaine
façon une mesure de sa complexité. J'en analyserai ensuite les
conséquences.
Les individus paraissent plus
intéressants du fait qu'ils semblent plus réactifs par rapport à leur
milieu. Pour cette raison je me référerai à cette catégorie. Je
prendrai comme unité l'individu le plus simple, l'atome d'hydrogène.
Ainsi je pourrai exprimer les masses de tous les autres en nombre
d'atomes d'hydrogène - ou de protons- c'est à dire en daltons. Ensuite
je vais simplement disposer régulièrement les 6 niveaux en abscisses
d'un système d'axes, avec en ordonnées le logarithme de base 2 du
nombre de protons contenus dans un individu caractéristique du niveau
concerné. J'ai choisi d'utiliser le logarithme de base 2 plus adapté au
traitement de l'information par unités binaires (Brillouin). Nous en verrons
l'intérêt dans d'autres travaux à paraître sur le Web.
Dans le but d'aplanir
certaines difficultés liées aux différences de masse à l'intérieur d'un
niveau, je propose cette piste :
Pour vivre, un organisme
animal doit disposer de voies de communication internes, les cellules
nerveuses qui sont d'une taille supérieure à la moyenne des cellules.
Pour que des cellules fonctionnent, elles doivent posséder de la
chromatine qui apparaît parmi les plus grosses unités
enzymatiques ; et cette chromatine, notamment son ADN, est
construite de bases nucléiques (purines et pyrimidines) qui ne sont pas
les plus petites molécules monomères. C'est à dire que pour construire
le niveau N+1, le niveau N doit déjà avoir préparé des constituants
d'une certaine taille dépassant largement la moyenne de leur niveau.
2,1 Les individus remarquables.
Ainsi, il est intéressant
d'essayer de déterminer, pour chaque niveau N, la taille minimum des
individus permettant de construire les individus du niveau N+1,
capables eux-mêmes de participer à la construction du niveau N+2, etc.
Nous allons d'ailleurs nous apercevoir, en cohérence avec cette
recherche, que les individus que nous sélectionnons ainsi sont ceux qui
traitent l'information et qui l'utilisent pour organiser le niveau
supérieur.
-
Au niveau moléculaire les
bases nucléiques sont intéressantes; parmi elles, l'adénine (135
daltons) est de masse moyenne ; c'est selon Gilles-Éric Séralini, l'élément
de base "d'un tonneau d'énergie", le nucléotide qui "sert non seulement
dans le code génétique et dans les molécules transmettant l'information
de l'ADN au reste de la cellule, mais aussi à aider les enzymes... ou
qui sert encore de transporteur d'énergie".
-
La chromatine (ADN +
histones), le système complet de duplication de l'ADN, contient
l'information de la cellule et contrôle sa diffusion. C'est là que se
décide, par l'action combinée du couple opérateur / répresseur, la
fabrication des protéines. La plus petite unité est le nucléosome et la
plus grosse, un gros chromosome. La masse d'une chromatine moyenne est
de 108 daltons.
-
La cellule nerveuse est
l'unité fondamentale du comportement animal. Le neurone des êtres
vivants multicellulaires traite les informations parvenues de
l'extérieur par les organes des sens. Les décisions de réagir à
différents stimuli se prennent par des circuits plus ou moins longs de
cellules nerveuses. Les principaux neurones moteurs ou cérébraux des
mammifères et de l'homme "pèsent" aux environs de 5.1016
daltons.
-
Ensuite, pour rester
fidèle à notre définition, il m'a fallu trouver un animal qui participe
à l'organisation du niveau supérieur. On pourrait en citer beaucoup,
mais dans ce domaine, l'homme semble jouer un rôle privilégié en tant
qu'organisateur (parfois désorganisateur) de son environnement. Son
poids moyen est proche de 70 kilogrammes.
-
Enfin, au niveau encore
supérieur, je n'ai pas eu choix puisque nous ne connaissons qu'un seul
individu, la Biosphère, dont la masse, la biomasse, est estimée aux
environs de 1041 protons.
Ces masses et leurs
logarithmes de base 2 sont disposés sur le tableau 2.1. Sur le
graphique 2.2 suivant, j'ai présenté sous forme de barres verticales
les logarithmes respectifs des masses de ces individus remarquables en
fonction du numéro d'ordre du niveau.
|
NIVEAUX
|
INDIVIDUS
|
MASSES P
|
log2
P
|
|
0- Atomique
|
Hydrogène
|
1,00E+00
|
0,00
|
|
1- Moléculaire
|
Adénine
|
1,30E+02
|
7,02
|
|
2- Granulaire
|
Chromatine
|
1,00E+08
|
26,58
|
|
3- Cellulaire
|
Neurone
|
5,00E+16
|
55,47
|
|
4- Organique
|
Homme (70 kg)
|
4,30E+28
|
95,12
|
|
5- Biomique
|
Biomasse
|
6,00E+40
|
135,46
|
Tableau 2.1
Graphique 2.2
La
disposition du graphique 2.2 est frappante,
- par la
régularité dans la progression qui confirme une continuité entre
l'inerte et le vivant déjà mise en évidence par la succession des niveaux, et
qui semble indiquer un mouvement s'auto-amplifiant. Cette allure
générale confirme le bien fondé de la disposition régulière des
niveaux, de 0 à 5, sur l'axe horizontal.
Rien dans ce que nous
connaissions de la matière, inerte ou vivante, ne permettait de prévoir
cela; c'est important à relever, d'autant que nous pourrons par la
suite approfondir ces questions.
Bien sûr les points ne sont
définis que pour ces valeurs, et la courbe en pointillés n'est tracée
qu'à titre indicatif et pour les relier ; un peu comme si des
propriétés particulières s'établissaient en ces endroits. Nous pouvons
penser à une espèce de résonance principalement liée aux masses en
présence. Pour un niveau d'organisation donné les individus ayant
certaines masses, donc rassemblant un certain nombre de constituants,
fonctionneraient mieux en raison de l'apparition et du développement de
certaines propriétés, principalement des échanges équilibrés entre les
milieux intérieur et extérieur de ces êtres (CF Ontostat).
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