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-1.1-Classification structurelle des constituants du vivant

par Denys LÉPINARD

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En considérant uniquement la structure des constituants du vivant et de la matière, j'ai remarqué que certains sont formés d’un petit nombre d'éléments différents et que d’autres le sont d’un grand nombre de semblables. Par exemple, un animal est constitué d’un nombre relativement petit d’organes différents, alors qu’un de ses organes, un muscle ou un foie, regroupe un grand nombre de cellules presque identiques. Ensuite, étendant cette première constatation, j'ai pu répartir tous les constituants du vivant selon ces deux définitions :

- les individus constitués d'un petit nombre d’assemblées différentes et,

- les assemblées qui rassemblent d’un grand nombre d’individus semblables.

Ces définitions reflètent une structure où ces deux catégories sont mutuellement exclusives ; il en découle une continuité par alternance. C’est bien ce qui apparaît dans le tableau 1.1 qui contient, de l'atome d'hydrogène à la Biosphère, tous les constituants du monde vivant.

Tableau 1.1 - Classification des êtres constituant l’édifice biologique

Reprenons ces deux catégories :

1.1.1 - Les individus.

Sur le tableau 1.1, suivons la colonne de gauche de haut en bas :

  • L’atome d’hydrogène est constitué d’un électron et d’un proton ; il répond bien à la définition, un petit nombre de constituants différents. C’est le premier individu de cette classification, nous pouvons lui ajouter le deutérium formé d’un proton, d’un neutron et d’un électron.

  • Au niveau immédiatement supérieur vient la molécule, plus précisément la petite molécule biochimique monomère, un ose comme le glucose, un acide aminé et quelques autres utilisées par la matière vivante. Ces petites molécules sont constituées d’un petit nombre d’atomes différents ; le glucose par exemple est formé de 6 atomes de carbone, 12 d’hydrogène et 6 d’oxygène ; en plus de ces 3 constituants les acides aminés contiennent 1 ou 2 atomes d’azote.

  • L’unité de fonction enzymatique est constituée d’un petit nombre de macromolécules qui participent à une action enzymatique. Il en existe des petites formées de une ou de deux chaînes protéiques et faisant appel pour fonctionner à des coenzymes et à des ions métalliques, et de plus grosses comme le ribosome qui rassemble deux sous-unités constituées de RNA et de protéines.

  • La cellule contient un petit nombre d’organites différents - noyau, mitochondries, appareil de Golgi, réticulum endoplasmique etc.- ; bien que ce nombre commence à devenir important et les fonctions parfois difficiles à séparer, l'ensemble reste accessible à une analyse exhaustive.

  • L’organisme animal ou végétal. Sans détailler le nombre d'organes (nos assemblées) d'un animal, nous voyons qu’il reste relativement limité.

  • La Biosphère. Il s’agit de l’ensemble de la matière vivante qui entoure la Terre. Nous pouvons dénombrer quelques grandes fonctions comme celle de la photosynthèse réalisée par les végétaux, celle des herbivores qui consomment ces végétaux, celle des carnivores qui se nourrissent d’autres animaux, et celle des hommes, de la société humaine, dont le rôle semble être d’organiser cette biosphère.

 1.1.2 - Les assemblées.

Les assemblées, à l’opposé des individus, nous apparaissent formés d’un grand nombre d’individus semblables. Elles sont rassemblées dans la colonne de droite du tableau 1.1.

  • Les atomes. Globalement, ils sont constitués par additions successives de deutériums (1 proton + 1 neutron + 1 électron). Vers les atomes les plus lourds le nombre de neutrons devient cependant proportionnellement plus important, sans doute pour contrebalancer les forces de répulsion dues aux charges positives des protons. La structure tend vers le grand nombre de constituants semblables. Le plus gros atome stable, l'Uranium 238, rassemble 92 électrons, autant de protons et 146 neutrons.

  • Les macromolécules. Ce sont des polymères. Les principaux représentants sont les molécules d’ADN formées d’une succession de bases nucléiques, les protéines constituées d’une suite d’acides aminés et le glycogène issue de la répétition de molécules de glucose. Les constituants ne sont pas forcément identiques mais semblables et mémorisent l’information dans leurs différences, leur nombre peut devenir très important.

  • Les organites cellulaires. La membrane de la mitochondrie est tapissée de nombreuses unités à fonctions enzymatiques, celle de réticulum de nombreux ribosomes.

  • Les organes animaux. Un tissu, un foie, un muscle sont formés de cellules semblables, parfois de types différents, mais de fonctions complémentaires.

  • Les sociétés animales ou végétales constituées d’un grand nombre d’animaux ou de végétaux semblables ; cela va de la forêt (organe de la photosynthèse) aux troupeaux d’herbivores, à la société humaine.

Ces deux catégories, individus et assemblées, s'opposent par beaucoup d'aspects. Les individus ont des composants différents qui peuvent s'opposer et se réguler mutuellement. De ce fait ils réagissent aux stimulations de leur milieu, ils sont actifs et indivisibles, d’où leur nom. Par contre les assemblées aux composants semblables ne peuvent exercer qu'un nombre réduit de fonctions. Elles sont plutôt passives, soumises à l’individu de niveau supérieur auquel elles appartiennent et, dans une certaine mesure, divisibles : si on coupe une assemblée elle pourra bien souvent continuer à fonctionner - on peut vivre avec un demi foie-, alors qu’un individu subissant le même traitement sera immanquablement détruit. De plus, les individus traitent l’information alors que les assemblées la conservent et la restituent. Pour ces raisons les individus nous paraissent les plus intéressants.

Pour éclairer correctement la classification, l’analyse doit rester globale et s'attacher aux grandes lignes à chaque niveau. Il est toujours possible de trouver des cas intermédiaires, sinon des exceptions. Considérons que nous effectuons une première approche analytique du monde vivant dont le caractère très polymorphe s’est toujours montré réfractaire à ce genre de démarche. Et réussir à mettre en évidence, même grossièrement, cette alternance d’individus et d’assemblées dans toute la complexité du vivant est déjà quelque chose d’important. Dans un premier temps, il faut considérer ces deux états - individus formés d'un petit nombre d'assemblées différentes et assemblées formés d'un grand nombre d'individus semblables - comme étant, à deux pôles opposés, deux modèles idéaux et complémentaires vers lesquels tend l'organisation des êtres vivants. Nous le comprendrons mieux lorsque nous aurons étudié l'ontostat (Lépinard 1993).

 1.1.3 - Les niveaux.

Et ainsi, puisque la définition des individus et des assemblées implique une alternance, son retour définit des niveaux. Sur le tableau 1.1, nous en comptons 6, le premier ayant rang 0. Ce sont véritablement des niveaux d’organisation fondés sur la structure. Mais ce sont aussi des niveaux de complexité puisqu'ils sont construits sur le nombre de constituants, et que si un individu arrive à faire fonctionner ensemble un plus grand nombre d'individus de niveau inférieur, il doit être plus complexe. Il est à remarquer que ces niveaux relient toute la matière, de l'inerte au vivant. Voilà qui surprend, mais nous ne pouvons pour l'instant que l’observer et le constater en attendant d’en avoir l’explication.

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